Post vintage d’avril 2011.

101 est sorti en février 2011. C’est le sixième album solo de Keren Ann et il rejoint ainsi une discographie plus qu’honorable mais à laquelle il manque le chef d’oeuvre ultime, le clou sans tâche, le sommet indépassable. Cette pièce rare, serait-ce 101 ?

Une esthétique et des intentions qui interrogent

Les premières bribes d’informations sur l’album n’incitaient pas à un optimisme aveugle. D’abord, Keren Ann affichait une coiffure que les plus branchouilles loueraient comme karen-o-esque mais qu’honnêtement, on qualifierait plutôt de mireille-mathieu-esque. Un article sur le web nous a depuis rassuré : c’est une perruque1.

Mais l’esthétique général est lui aussi d’assez mauvais goût, s’inspirant peut-être d’une ambiance de voyou élégant genre Bonnie And Clyde mais échouant plutôt vers Tao chez les loulous.

My Name Is Trouble : un virage disco déroutant

En outre, le single ayant précédé l’album (et qui ouvre les débats sur 101), My Name Is Trouble, tout comme la vidéo qui va avec, m’inquiétaient au plus haut point. Certes, je peux, dans des circonstances exceptionnelles, aimer la disco. Par exemple quand on me demande de shaker mon booty. Mais quand c’est Keren Ann qui s’y colle, mes oreilles frissonnent d’angoisse : intime et touchante dans son registre folk habituel, sa voix devient hautaine et dédaigneuse lorsqu’elle se pose sur ce disco de bas étage. Keren Ann tient désormais son Miss You, mais faut-il s’en réjouir ?

Des titres plus familiers, mais un sentiment de redite

Dès le second titre, Run With You, on retrouve une Keren Ann plus familière et qu’on aime mieux, il faut bien le dire. Malgré tout, le titre est un peu faiblard. All The Beautiful Girls est de meilleure facture - et est sans doute un des meilleurs titres du disque - mais sa ressemblance avec Au coin du monde, un titre de son second album, ne fait que renforcer ce sentiment qui s’impose tout au long de l’écoute du disque : Keren Ann semble s’ennuyer dans son registre habituel mais sort de piste à chaque fois qu’elle s’engage sur une nouvelle route.

Expérimentations funk et hommages américains

C’est vrai, c’est sans doute un jugement un peu dur, d’autant qu’il y a des titres intéressants sur ce disque. Sugar Mama l’est particulièrement : Keren Ann arrive à se réapproprier un riff à la Funky Town et, grâce à une structure tarabiscotée autorisant les grands écarts, parvient à l’alterner avec un refrain qui, rationnellement, ne ressemble aucunement à Of Montreal mais m’y fait penser à chaque écoute. Blood On My Hands est une cousine de My Name Is Trouble dans le registre de gangster revendiqué pour l’album mais est nettement plus réussie.

Après le disco des Stones et la funk de Lipps Inc., Keren Ann continue son hommage à la musique américaine (l’Encyclopédie Approximative du Rock’n’Roll vous le confirmera un jour, les Rolling Stones devinrent américains à partir de 1978) en citant le Everybody’s Talkin’ d’Harry Nilsson sur She Won’t Trade It For Nothing, ou reprenant Dylan sur Daddy, You Been On My Mind.

Strange Weather : le sommet émotionnel de l’album

Mais Keren Ann n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle touche la corde sensible et c’est finalement Strange Weather qui me semble le meilleur titre de l’album : une belle mélodie, un chant intense, une production certes familière mais ambitieuse. Voilà la Keren Ann que l’on aime.

Tracklist recommandée – Keren Ann pour les nuls

J’avais bien aimé l’exercice de la compile pour les nuls d’Interpol, alors rebelote, outre le conseil d’écouter La Disparition, le meilleur album de Keren Ann jusqu’ici, voici la compile Keren Ann pour les Nuls2 :

Écouter sur Spotify
  1. Sur le Fil
  2. Au Coin du Monde
  3. Surannée
  4. La Disparition
  5. Sailor & Widow
  6. Spanish Song Bird
  7. Chelsea Burns
  8. Midi Dans le Salon de la Duchesse
  9. Lay Your Head Down
  10. Strange Weather
  1. Nul saccage capillaire n’est non plus à déplorer : si le visuel de l’album montre Keren Ann avec une coupe au bol, de longs cheveux châtain moyen ornent toujours cette tête bien faite ; ils sont simplement fourrés sous une perruque pour les besoins de la photo noir et blanc, figurant la chanteuse de profil, en braqueuse calibre à la main, la tonalité revendiquée de l’album.

  2. Depuis 2011, j’ai appris l’expression 101 pour parler des cours d’introduction donc cette compile aurait aussi pu s’appeler… Keren Ann 101. 🤯