Les festivals de l’été commencent en trombe. Alors que la kermesse Vieilles Charrues a cartonné avec une programmation des plus hétéroclites, que les Eurocks nous offraient une affiche bien décevante pour son vingtième anniversaire, et que la Route du Rock se prépare une fois de plus à nous épater, l’un des derniers nés de ces dernières années nous proposait des noms alléchants. Pour sa troisième édition, la Garden Nef Party d’Angoulême avait mis les petits plats dans les grands : 2 scènes, plus d’une vingtaine de groupes, dont une bonne moitié hautement recommandables, voila déjà quelques indications de qualité ! Mais regardons plus précisément quelques extraits du journal de bord du festivalier moyen.

Vendredi

Accès au camping sous un soleil resplendissant, le plantage de tente et les retrouvailles entre amis prennent malheureusement trop de temps pour arriver à l’heure à Archie Bronson Outfit. Plus malheureux encore, lorsque nous arrivons sur le site du festival, les pitoyables B.B. Brunes se donnent en spectacle, ce qui n’est pas pour déplaire aux mineures présentes au premier rang. Les autres fileront rapidos tâter le terrain des stands. Les inévitables produits dérivés sont bien là et les kébabs bien gras. Cependant, outre une affiche de qualité, le festival peut se targuer d’accueillir quelques échoppes peu banales : on retiendra ainsi le marchand de petits pains carrés bio, le vendeur de sandwiches au foie gras bio, le pinardier bio, et le tir à l’arbalète SM pas bio.
Après toutes ces réjouissances et la découverte d’un site ma foi fort propice aux siestes à l’abri du cagnard, place à la musique ! (je ne compte pas B.B. Brunes dans cette catégorie). Début timide, avec Alela Diane, ou comment recycler la recette du folk au féminin, déjà suffisamment et plus que convenablement exploitée par Cat Power et conso(eu)rs. Certes, c’est pas mal, musique parfaite pour cette heure de la journée, mais la frêle Alela ne casse pas trois pattes à un canard non plus ! Bref, cela commence tranquillement (et on n’en demande pas plus pour l’instant). Vient le tour de Nada Surf ensuite. Et là, montée en puissan’..euh…en fait, non ! Sans doute la plus grosse déception du festival. Comment un groupe capable de shows formidables (on en fut les témoins privilégiés au cours des 6 dernières années) peut-il se saborder devant tant de monde, qui plus est, certainement pas venu pour eux ? En effet, après un début honnête (Hi-speed soul et Happy kid), Matthew et sa clique s’embourbent dans les titres de leurs deux derniers albums, incontestablement moins bons et moins pêchus que les précédents. Ainsi, c’est une succession de chansons mollassonnes, parmi lesquelles 80 windows, seul titre échappé du second opus et assez génial au demeurant, ne parvient même pas à surnager. Pour couronner le tout, Popular, peut-être pas leur meilleure, mais sans doute la plus à propos pour satisfaire un public de festival est tout simplement absente de la tracklist.
C’est donc la larme à l’œil que nous nous dirigeons vers la scène de Moriarty. Tout comme Alela Diane, musique parfaite pour l’heure dite. Cela dit, il y a un petit truc en plus qui fait qu’ici, on accroche. Plus que le jeu de scène inexistant de la chanteuse, cela provient sûrement des musiciens qui assurent le spectacle. Pas encore la grosse claque, mais cela reste mieux que les deux concerts précédents (je me demande encore comment je peux écrire cela quand Nada Surf fait partie des “deux concerts précédents” !). C’est alors qu’arrive la montée en puissance tant espérée : avec VV, chanteuse de The Kills, le rock, le vrai, fait son apparition ! Musiques entêtantes et tenue érotisante sont de sortie. Il ne manque plus que la drogue pour que la sainte trinité rock’n’’rollesque soit remise au goût du jour. Les chansons s’enchaînent, les poses lascives aussi. Au bout de 45 minutes, on se dit que cela manque éventuellement un peu de nuances, mais quand le spectacle est beau, on se tait ! Tout émoustillé, le public se dirige alors vers la petite scène, pour assister à LA révélation du festival : Heavy Trash. Emmené par ce bon vieux Jon Spencer, qui s’est entouré des bons vieux scandinaves de Powersolo (quel flair !), ce bon vieux groupe distille du bon vieux wock’n’’woll, tout en bonne vieille banane et bonne vieille contrebasse ! Ohhhh, fuckin’ good old tune ! Les titres, impossibles à dater, semblent tous provenir du coffret Rockin’ bones de Rhino. Mais peu importe s’ils sont d’hier ou d’aujourd’hui, tout cela fonctionne, on voudrait crier “ouh yeahhhh !” toutes les dix secondes, mais nos pas de danse fifties demandent trop de concentration pour cela. Après le concert, l’envie de s’acheter un peigne et de la brillantine n’a jamais été aussi forte !

Loin de cette musique débonnaire et dansante, les pachydermiques Raconteurs ne nous la raconte pas longtemps leur blague ! Passés trois morceaux graisseux et patauds, avec solo de piano huileux, deux guitares (valant plus que un tu l’auras) en granit et un batteur, bûcheron canadien lorsque le groupe ne tourne pas, nous disparaissons de la fosse sous peine de rendre les petits pains carrés fourrés au chèvre ingurgités entre temps. Nous préférons alors la posture horizontale, à même la pelouse, face à la petite scène. L’attente est cependant longue, d’autant plus longue que le groupe qui suit nous fait faux bond une première fois ; en substance : “on retourne dans les loges, faut attendre que les Raconteurs finissent !”. Car, en effet, au loin, on voit ce brave Jack White, ce non moins brave Brendan Benson et leurs collègues des Greenhornes, s’évertuer à proposer à la foule étonnamment compacte qui les admire encore, des solos interminables (”combien t’en veux ? J’t’’en fais 7 minutes, ok ! Pis tiens, je t’offre 30 secondes en plus…non, de rien, c’est pour moi !” aurait dit ce sacripant de Jack au charcutier du coin…). Mais comme toute chose, même mauvaise, a une fin, arrive tout de même le moment où les 5 bougres quittent la scène, et où les 6 ou 7 (il était tard…) déglingos du Brian Jonestown Massacre déboulent. Et là, nouvelle claque ! Concert fabuleux à plus d’un titre. Première chose : Joe, l’homme-mouche au tambourin fou a réintégré le groupe, et il a bigrement la classe ! Mais surtout, ces mecs assurent sur toutes les chansons. Et contrairement aux Raconteurs, et malgré nos doutes, Anton Newcombe et sa bande a le bon goût de ne pas faire trainer les titres en longueur, alors même que son psyché-rock est indéniablement propice à ce genre de boursoufflures. Ben non ! Les morceaux s’enchainent, on reconnait ça et là des titres anciens (dont le superbe Nevertheless), et on trippe grave comme diraient les jeunes, s’ils n’étaient pas partis se coucher après B.B. Brunes.
La soirée du vendredi s’achève ainsi. Justice et leur faux mur d’enceintes ne nous attirent pas, nous restons dans l’herbe à méditer sur tous les bons moments de cette première journée et élaborons le classement suivant (liens myspace en cliquant sur les noms) :

Sur le podium (par ordre d’apparition sur scène) : The Kills, Heavy Trash, Brian Jonestown Massacre.
Premier accessit : Moriarty
Déceptions du jour : Nada Surf, Raconteurs.

Samedi

Après une nuit des plus délicates, bercée d’un côté par le jeu de guitare, certes impeccable, mais trop proche, de mon voisin de tente, et par la douce voix du mec bourré qui gueulait “Apéro !” toutes les cinq minutes (on l’a pas entendu le lendemain…soit c’est les boules quiès qui ont été efficaces, soit la brigade du savoir-vivre a exécuté l’impudent sur le gibet en place publique), le réveil est difficile mais rendu agréable par les souvenirs de la veille. Et vus les groupes qui vont se présenter ce soir, les bons souvenirs risquent encore de s’accumuler ! Cela dit, le reporter passera ici rapidement sur la visite d’Angoulême, bourgade certes charmante, mais beaucoup trop pentue pour accueillir paisiblement les rockeurs fourbus. Idem, nous évoquerons à peine le sandwich-magret trop bon du midi et le ravitaillement au Champion du coin, parce qu’on n’est pas là pour faire de la pub ! Parlons directement de ce qui nous intéresse : la musique. Encore une fois, trop occupés, mais cette fois à préparer quelques doucereux cocktails, nous n’arrivons pas à temps pour le premier groupe du jour, à savoir les Hushpuppies…Tant pis ! Nous n’honorerons pas non plus Kid Bombardos de notre présence, retenus que nous étions à l’entrée du site, par un mec de la sécu très zélé, qui fait passer les filles avec de l’alcool, les membres de l’organisation avec de l’alcool, un mec avec son verre plein dans sa poche arrière, mais qui refoule 3 pauvres types et leurs malheureux verres quasiment vides (c’était nous !).
Le verre et les bouteilles vides, notre équipe de chic et de choc ayant du coup terminé ce qu’il restait dans les tentes, nous foulons enfin l’herbe verte du lieu des hostilités à venir. Mais, aujourd’hui encore, trop tôt, puisque nous assistons, médusés, à la performance de Mademoiselle K., performance en ce sens, que d’après nos 5 sens (du moins, ceux qui fonctionnent assez après avoir éclusé notre bar perso), ce gang réussit l’incroyable, l’impensable, l’inavouable : être encore plus mauvais que B.B. Brunes. Mais ne nous éternisons pas, on a dit qu’on parlerait désormais de musique. Malheureusement pour notre narration, à ce moment, nos libations du camping commencent à agir à plein régime…Trop pour se souvenir de Patrick Watson. Des proches diront que c’était fantastique. Peut-être…Bien conscients qu’il était temps de reprendre des forces, nous observons The Do de loin, un sandwich au foie gras et un coup de pinuche dans les mains. Ce groupe, qui était plus que convenable lorsqu’il était inconnu, est désormais insupportable maintenant qu’il écume tous les festivals de France ; amis de La Route du Rock, pourquoi avez-vous cédé, vous aussi ?
Enfin, le moment de passer aux choses sérieuses arrive ! Nous sommes repus, les groupes moyens (et pires si non-affinités) sont passés, place au rock ! La soirée débute maintenant ! On le sait, on le sent ! Lisa Kekula ne nous fait pas mentir. Ses Bellrays sont imparables. Tout est excellent : de la choucroute de Lisa, aux lunettes de Bob, sans oublier les compo, groovy-funky-garage…Sur la grande scène ensuite, place aux professionnels de l’entertainment : The Hives. Toujours impeccables, peut-être trop pour prétendre au statut de rockers au cœur pur, les suédois nous offrent quasiment une heure de spectacle non-stop. On en redemanderait presque, juste histoire d’entendre A.K.A I.D.I.O.T, mais le temps presse, et déjà Adam Green débarque sur la petite scène. L’étonnement est sans doute le sentiment qui ressort de ce concert. Pendant 45 minutes, c’est du n’importe quoi intégral. Formidable de non sens, l’homme enchaîne des chansons de tous ses disques, sans ordre précis, sans cohésion apparente. Ses choristes se marrent, et nous aussi. C’est le grand écart entre lui et The Hives : d’un côté, des showmen qui maîtrisent tout de A à Z, de l’autre un fanfaron, un guignol, qui est là pour amuser la galerie de ses pitreries. C’est génial aussi et là, on aimerait vraiment en avoir plus !
Mais trop tard, la machine de guerre est en place. Les V.I.P. croisés sur le site (entre autres, Benoît Delépine et Stéphane Saunier, quand certains murmuraient même le nom de la Nouvelle Star Phil’ Man’) ne se sont pas trompés d’endroit. Ce soir, il fallait être à Angoulême pour voir Iggy and the Stooges ! Hyper pro comme les Hives, mais hyper vieux comme…personne, le groupe, frères Asheton en tête, n’est là que dans le but de permettre à Iggy de nous offrir un spectacle total : la fornication millimétrée avec une enceinte (les roadies s’empresseront de la remettre pile poil à sa position d’origine sitôt l’Iguane parti ailleurs…), l’envahissement contrôlé de la scène par la foule en délire, le tabassage de micro maitrisé (en moins de temps qu’il n’en faut à Iggy pour dire “Fuck”, un micro défaillant est remplacé par du matériel flambant neuf). Bref, on pourrait résumer cela par la formule : Iggy, tu fais le con pendant trois quarts d’heure, et nous, t’inquiète pas, on gère la situation. Formule quelque peu réductrice tout de même puisque, au-delà de ses frasques under control, le sexagénaire musclé comme un homme avant la découverte de la bière nous propose aussi un formidable best of de sa carrière, période Stooges évidemment (heureusement ?) : tout y passe, de 1969 à No Fun, en passant par My Idea of Fun (l’un des deux seuls titres écoutables du dernier album…) et I wanna be your dog, en épanadiplose du concert.
Après Iggy, point de salut, et ce n’est pas Peaches et ses quelques vinyles qui nous retiendront longtemps pour son D.J. set. A peine le temps de constituer le classement du jour (liens myspace en cliquant sur les noms) :

Sur le podium (par ordre d’apparition sur scène) : The Bellrays, Adam Green, The Stooges.
Premier accessit  : The Hives.

Le festivalier est désormais aux anges. 2 jours de plaisir quasi-incessants, c’est beaucoup, mais pas trop (jamais trop !). Ne lui reste plus qu’à passer une dernière nuit, serein, puis à replier sa Quechua (2 secondes à monter, le reste de l’existence à replier…), et à reprendre la route, direction… St Malo !

Photo Grande Scène : © Garden Nef Party

Photo Heavy Trash : © bazarfoto