Lorsque les La’s ont été annoncés à Rock en Seine cette année, ni une, ni deux, ma place était réservée dans les deux minutes. Qui ? Les La’s ! Petit rappel...

L’histoire des La’s commence à Liverpool en 1984 : quelques mois après leur création, Lee Mavers est embauché à la guitare et devient vite le leader du groupe. Deux ans plus tard, John Power arrive à la basse. Leurs premiers singles commencent à sortir et à défaut d’être des succès, Way Out (1987) mais surtout le tube désormais planétaire There She Goes (1988) obtiennent une très bonne presse.

L’heure sonne donc pour les La’s de sortir un premier album : ils rentrent en studio avec un premier producteur. Le courant ne passe pas et Mavers n’est pas content du son. Alors leur label, Go ! Discs, va leur en trouver un autre. Le courant ne passe pas et Mavers n’est pas content du son. Alors leur label, Go ! Discs, va leur en trouver un autre. Le courant ne passe pas et Mavers n’est pas content du son. Alors leur label, Go ! Discs, va leur en trouver un autre, etc.

On pourrait faire une chanson de colo avec l’histoire de la production du premier disque des La’s. Il sort finalement en novembre 1990 après que Go ! Discs a demandé au dernier producteur à s’être collé à la tâche, Steve Lillywhite, de se débrouiller avec ce qu’il a sous la main pour sortir un disque qui tienne la route. Mavers est vert de rage mais le disque est un succès en Angleterre.

Les interviews de Mavers ressemblent alors à ça :

« Bon alors, Lee Mavers, votre premier disque est super, non ?
- Non, c’est de la merde, je le déteste, Lillywhite a rien compris. »

L’année suivante, The La’s enchaîne avec une tournée mondiale mais Power claque la porte, lassé de jouer les mêmes chansons depuis 5 ans, et part former le groupe Cast. Qu’à cela ne tienne, Mavers se met au travail et commence à plancher sur le 2ème album du groupe... qu’on attend désormais depuis 21 ans. La dernière fois qu’il en a été fait mention dans la presse, il était question que les Babyshambles servent de backing band, mais finalement... ben non.

Qu’à cela ne tienne, nous voici donc en cet après-midi du 28 août, sur la pelouse du parc de Saint-Cloud pour le concert annoncé sans fanfares ni trompettes de The La’s. Avant de parler du concert, voici quelques extraits des reviews qui en ont été faites :

JD Beauvallet pour Les Inrocks :
« [Mavers offre] de ses joyaux de chansons des versions d’ivrognes de pub des bas quartiers de Liverpool. (...) Mavers, barricadé derrière ses Ray-Bans (...) continue le massacre, avec une désinvolture et une approximation qui mériterait des seaux d’eau un soir de la fête de la musique. Il fait même tellement de mal à son intouchable There She Goes qu’on songe à grimper sur scène pour l’empêcher, camisole de force en main, de nuire, de faire mal à ses propres enfants. Navrant spectacle, qui tourne au vaudeville quand il grimpe sur une batterie pour un solo ivre. On ne dit plus les La’s, ont dit les Nazes. »

Philippe Brochen pour Libération :
« vautrage historique du prétentieux Lee Mavers à Rock en Seine. (...) on aurait finalement préféré que le cintré Mavers et son bassiste (...) ratent leur avion ou que celui-ci se crashe sur le siège du FN. Alors le public est circonspect (et on est poli). « Ils sont totalement défoncés ou quoi ? » « Ils font la balance, c’est ça ? » « C’est un gag, hein ? Le concert va bientôt commencer ? » Euh, non. (...) Le paroxysme de cette farce est atteint quand les deux individus attaquent leur mythique titre There She Goes, atomisé façon puzzle sans qu’on soit certain que Mavers s’en rende compte. »

Ces critiques ne sont certes pas sans fondement. Mais elles sont dures, trop dures. C’est vrai qu’on n’attendait pas une simple formation chant/guitare/basse pour rendre justice aux perles de The La’s (l’album). C’est vrai aussi que ce n’était pas vraiment la peine d’installer une batterie derrière eux pour que Mavers et son acolyte (Gary Murphy selon Wikipedia) nous lâchent un instru batterie/basse grotesque superflu. C’est vrai enfin que Mavers aurait pu être plus classe que torse poil sous une veste Adidas dézippée. Mais, merde, ce show était beau, courageux, plein de panache. Un moment qu’on ne voit d’habitude que dans les films : le héros, défait, humilié, relève la tête et laisse le coeur parler.

Beaucoup des chroniques de ce concert que j’ai lues doutent de l’honnêteté de Mavers, soupçonné de ne s’être déplacé que pour repartir avec le cachet. Je n’y crois pas. Si le show et les orchestrations étaient un peu (hum...) cheap, la voix de Mavers était fière, généreuse et belle. Que l’on demande à un couple de musiciens, aussi virtuoses soient-ils, d’interpréter le répertoire des La’s, ils ne le joueront pas mieux que ce que les chanceux qui sont restés jusqu’à la fin du set auront entendu.

On a vécu un vrai moment "Killing Me Softly". Et en plus, y’avait Jean-Paul Huchon.