Il y a plusieurs mois, Noah and the Whale est arrivé un peu partout sur internet et sans même lire les articles ou écouter les chansons qui allaient avec, le groupe m’a séduit immédiatement :
- une pochette de disque - leur premier, Peaceful, The World Lays Me Down - qui reprend la ligne graphique de The Life Aquatic, le film de Wes Anderson (ndlr : si vous cliquez sur ce lien, vous aurez, entre autres, Ceremony de Joy Division/New Order en fond sonore)
- un nom qui me rappelle vaguement quelque chose... "Yannick le tennisman ?" Oui mais aussi autre chose. "Joakim le basketteur ?" Aussi mais tu commences à devenir lourd là. Bon sang mais c’est bien sûr, il est inspiré du film The Squid and the Whale de Noah Baumbach (co-scénariste de The Life Aquatic)

On a donc affaire à des cinéphiles éclairés... Intéressant !

C’est bien joli tout ça mais ce n’est pas suffisant. Sans quoi, The Levinsons in the Trees auraient percé. Donc il faut écouter les chansons et là, nouvelle séduction puisque le premier album du groupe contient deux joyaux, Shape Of My Heart et Five Years Time.
Pour la première, sortez guitares et violons, faites clap-clap dans les mains, rajoutez les choeurs féminins et les trompettes pour les refrains pour fabriquer une musique mexicaine et bucolique, fraîche comme un verre de tropico au mois d’août.
Pour la seconde, sifflets, glockenspiel et ukulélés entrent en sus, on dit "love" à chaque fin de phrase et on ajoute un son très rigolo qui rappelle les moments où Yoshi se fait dégommer sur Super Mario World (à 3:13). Et moi, excusez-moi mais merde, j’adore ça ! Pour le reste quelques chansons honorables et plusieurs titres anecdotiques mais jamais repoussants.
Mais que cachent ces titres "anecdotiques mais jamais repoussants" ?

(entracte, profitons-en pour regarder les très marrants clips d’inspiration wesandersonienne très marquée des deux joyaux mentionnés en cliquant ici puis puisque ces blaireaux de Noah and the Whale ont désactivé la version embed de leurs vidéos)

Puis vient le concert au café de la danse à Paris le 18 septembre dernier. Là, on découvre que le groupe n’est pas américain mais londonien ("non ?"), que leur physique n’est pas du tout ce qu’on imaginait (le batteur est un bûcheron almodovarien, le chanteur ressemble à ce qui devrait être le frère de Hermione Granger, le bassiste à Philip Seymour Hoffman qui ne se serait pas douché depuis une bonne huitaine, le guitariste à une version jeune et géante du croisement entre Peter Hook et Peter Buck - or, on apprendra par la suite qu’il ne s’appelle pas Peter et ne fait pas non plus partie du groupe, il les accompagne juste pour la tournée - et le violoniste a une coiffure que même des New Kids on The Block au sommet de leur popularité auraient refusé d’arborer). Bref, les messieurs ont l’air de se la raconter un chouilla, alors qu’ils avaient l’air plutôt fun sur les vidéos qu’on connaissait d’eux jusqu’ici.

Quant à leur prestation musicale, puisque c’est quand même bien de cela qu’il s’agit au bout d’un moment, les versions a-minima des joyaux n’atteignent pas des sommets, et le concert se fait rattraper par ces fameux titres "anecdotiques mais jamais repoussants" qui deviennent sur scène "anecdotiques et clairement soporifiques". On atteint là la limite du groupe.
Car bon, l’amour et la rupture ont toujours été la base élémentaire des chansons de blues et du rock’n’roll, c’est pas Laurent Voulzy et Véronique Jeannot qui diront le contraire, mais dans des limites arithmétiques que je formulerais ainsi : une chanson pour la rencontre (mon premier c’est désir), une chanson pour l’amour trop mimi (mon deuxième c’est plaisir), une chanson pour la rupture (mon troisième c’est souffrir ouh ouh) et on double le tout si vraiment mon tout fait des souvenirs. Soit six chansons maximum par histoire. Mais Charlie Fink - le chanteur et compositeur du groupe - nous en a pondu plus de deux douzaines en à peine un an qu’on les connaît donc soit c’est un vrai cœur d’artichaut, soit il faut qu’il comprenne qu’il laisse tomber les filles pendant quelques temps parce que ça n’a pas l’air de lui réussir plus que ça, soit il a trouvé une recette qu’il applique méthodiquement mais sans y mettre cœur ou sincérité.
Bref, à la sortie de salle, et malgré la très chouette première partie de Blue Roses, on ressort de la salle complètement endormi et déçu.
Pourtant, une idée reste en tête : "il faudra voir ce que donnent les titres du 2nd album sur disque"...

(2ème entracte, allez, on peut regarder les concerts à emporter du groupe pendant ce temps-là)

La déception est digérée : on a réécouté le premier album (Shape Of My Heart et 5 Years Time sont toujours aussi bien) et revu des vidéos (où le groupe a l’air cool et sympa)... Il est temps de glisser The First Days Of Spring sur la platine pour décider de l’attention qu’on apportera au groupe à l’avenir.
Tout de suite, les conclusions s’imposent : si j’avais écouté ce deuxième album avant le concert, j’aurais échangé ma place contre ce deuxième album. Noah and the Whale est clairement - et définitivement ? - un groupe dont il faut écouter les disques et fuir les concerts. La richesse des arrangements - ne serait-ce qu’au niveau quantitatif des instruments utilisés - ne peut être restituée sur scène que par une myriade de musiciens qui prendrait trop de place dans le coffre d’un van de tournée et ne rend pas justice aux talents de composition de Charlie Fink. La meilleure illustration à ce problème de rendu live est le titre éponyme qui ouvre ce second album, The Fist Days of Spring donc, qui m’avait laissé l’impression, sur scène, d’une berceuse maladroitement conclue par un final électrique brinqueballant et artificiel. Sur disque par contre, le titre est une sorte de morceau de bravoure (six minutes et trent-neuf secondes) au crescendo maîtrisé et saisissant. Tout l’album fourmille de titres bien fichus, mais souvent emplis d’une grandiloquence récurrente et d’une structure trop répétitive pour ne pas souffrir d’un problème de rythme, inexcusable lors du passage sur scène.

(bientôt, l’épilogue...)

En conclusion, la morale de l’histoire est claire : sur scène, maîtriser temps forts et temps faibles, maîtriser le rythme ! C’est pas Yannick qui dira le contraire.