Comment parler d’un livre sans trop en dire ? Au sujet de La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe, je vous déconseille déjà de lire la 4ème de couverture, qui en dit beaucoup trop.

Commençons plutôt par préciser comment l’ouvrage débute : une dépêche de presse indique qu’un VRP de 48 ans a été retrouvé nu dans sa voiture au pied d’une station de ski écossaise, des bouteilles de whisky vides dans la bagnole, le coffre rempli par un carton de brosses à dent et un sac poubelle rempli de cartes postales venant d’Asie. On se retrouve à Sydney à la page suivante, donc autant vous dire, qu’on va voyager avec le bouquin, en avion d’abord, mais surtout en voiture, métier de VRP oblige.

Bref, Maxwell Sim est un loser de quarante-huit ans (voilà commence la quatrième de couverture mais il faut s’arrêter de la lire à ce moment-là). Sa femme et sa fille viennent de quitter la maison, et visiblement, ce bon vieux Max commence à se dire qu’il est temps de faire le point sur ce qui a bien pu déconner en cours de route.

Avant de continuer, parlons un petit peu de l’auteur. Jonathan Coe est un auteur britannique de 50 ans, originaire de Birmingham, surtout connu pour trois ouvrages :
- Testament à l’anglaise (What A Carve Up ! en V.O.), satire policière pleine d’humour noir sur la société anglaise des années 80 marquée par cette bonne vieille Maggie Thatcher (à ne pas confondre avec Maguy tout court, qui voit souvent rouge),
- le diptyque Bienvenue au Club/Le Cercle Fermé (The Rotters’ Club/The Closed Circle), au sommet de mon panthéon personnel et que je recommande tout particulièrement, qui traite de la petite histoire d’un groupe d’adolescents dans le grande histoire britannique des années 70 (avec l’IRA, les grandes grèves nationales et le prog rock), puis de leur âge adulte lors des années 90 (avec Tony Blair notamment)

Jonathan Coe était jusqu’à présent un auteur qui parle (au sens fort du terme) tout en restant très drôle et assez lucide sur le monde qui l’entoure. Depuis son dernier ouvrage, Coe a dû découvrir Facebook, le GPS et a probablement relu Houellebecq, son partenaire de label (cf. cet article) pour apporter une touche de glauque à son portrait de Sim (« comme le comique » dit l’ouvrage : je suis donc curieux de savoir ce que dit la V.O. à ce sujet, feu Simon Berryer serait-il une vedette internationale ?). Mais encore une fois, et malgré une fin que j’ai trouvé légèrement faiblarde, son livre est une réussite et Coe reste le seul auteur dont j’ai lu la quasi-totalité des livres sans avoir jamais été déçu (c’est à toi que je m’adresse Nick Hornby !).

Un intérêt tout particulier de ce livre réside dans la découverte du personnage de Donald Crowhurst. Le Golden Globe Challenge fut un défi de voile adressé aux navigateurs volontaires pour faire le tour du monde en solitaire et sans escale. Chose banale aujourd’hui mais ça ne l’était pas à la fin des années 60. Afin de remporter l’argent promis au vainqueur, Crowhurst décida de participer à la course alors qu’il n’était peut-être pas le plus compétant pour se lancer dans l’aventure. Rapidement en difficulté, Crowhurst ne fit pas demi-tour et se planqua quelque part dans l’océan transmettant de fausses positions et attendant le retour des autres concurrents pour reprendre la course.

Il tint deux journaux de bord : l’un avec ses fausses positions en prévision de son retour sur terre, et l’autre, authentique, où il racontait sa vie à bord. La lecture du deuxième indiqua qu’il avait fini par devenir fou, se lançant dans des recherches permanentes pour trouver la racine carrée de -1, et s’était probablement suicidé. Deux items sont indiqués dans le livre et traite de cette histoire :
- le livre L’étrange voyage de Donald Crowhurst, de Nicholas Tomalin et Ron Hall
- le documentaire Deep Water, de Louise Osmond et Jerry Rothwell

Les voilà désormais ajoutés à ma liste de trucs à lire et à voir (qui bizarrement, ne fait que grandir). Je vous quitte avec la bande annonce de Deep Water :