April March est l’artiste méconnue la plus omniprésente du moment. Cela dure depuis la sortie de Boulevard de la mort, de Tarantino, en juin 2007. Le cinéaste a remis au goût du jour sa double reprise de France Gall en version originale (Laisse tomber les filles) et version américanisée (Chick Habit) qui depuis inonde les clubs indé, les bandes son de publicités et même certaines sonneries de portable. Ce titre a pourtant déjà 15 ans et date de l’époque à laquelle la californienne pour le moins francophile s’était laissée aller à reprendre de nombreux titres du répertoire français, pour la plupart signés Gainsbourg : Laisse tomber les filles (donc), Caribou, La Chanson de Prévert, Cet air-là, etc...

Rien d’anormal donc à ce qu’elle finisse par rencontrer Bertrand Burgalat, chef de tribu, via son label Tricatel (nom inspiré de l’Aile ou la Cuisse ?), de ce qui se fait de mieux en matière de revival de pop/yéyé élégante d’ascendance gainsbourienne. Il produit en effet Katerine, A.S Dragon, Héléna Noguerra ou Valérie Lemercier mais aussi d’autres opus ovnis, à la croisée des chemins du rock et de la littérature, comme ces disques de Michel Houellebecq ou de Jonathan Coe. Lui-même est d’ailleurs musicien et propose ces semaines-ci une tournée d’adieu (à prendre au sérieux ?) en compagnie de sa muse April March pour lequel il a écrit deux disques de très haut niveau (quoiqu’assez radicalement différent de son Chick Habit ou de ses fulgurances garage fabriquées avec The Makers) : Chrominance Decoder et Triggers.

Pas de première partie ce mercredi 28 janvier, à l’Elysée Montmartre. Quelques figures notables ont pris place autour de la scène (Michka Assayas et Héléna Noguerra traînent autour du bar) et le concert commence avec Bertrand Burgalat au chant, entouré d’un groupe à l’identité sonore très proche de celle d’A.S Dragon et une section de cordes violon/alto/violoncelle adolescente (enfants ? neveux et nièce ?). Bomber noir improbable sur les épaules, Bertrand pose sa voix nonchalante sur des compositions en français ou en anglais, lors desquelles il n’hésite pas à faire profiter l’assistance de son accent pour le moins approximatif. L’ensemble devient la B.O. idéale de vacances en bord de mer, plein de copains en bras de chemise debout sur la banquette arrière, accoudés au toit de la 2CV, toit ouvrant béant, brin de blé au bord des lèvres et chapeau de paille sur la tête. Sur scène, Burgalat (et son groupe) est un peu à la pop 60’s ce que Katerine (et les Little Rabbits) est au punk 70’s : une figure décadente et féminine d’élégance du genre.

Après presque une heure de concert, April March rentre en scène et prend le micro. Bertrand Burgalat reprend alors un simple costume de musicien pour accompagner la courte performance de la chanteuse qui exclut les titres de son dernier album pour n’interpréter que les classiques du duo Chrominance Decoder/Triggers ainsi que Caribou en ouverture et le désormais tube Chick Habit en fin de set. Quoiqu’honorable, le show laisse sur sa faim, on aurait aimé que ça dure plus longtemps. Burgalat le sent bien et rappelle ses sbires pour un rappel généreux mais évitable : ils vont rejouer un titre du concert. Pour la prochaine tournée d’adieu, il faudra bosser plus de morceaux les mecs !

Photo : ©*Le seb*