2009 fut une année Beatles. Comme tous les ans depuis 1960, d’accord et merci bien, mais 2009 encore davantage avec la sortie des insuffisants coffrets "intégrale mono/stéréo" (qui pourraient alimenter - et alimentent effectivement - des débats interminables sur sa qualité et sa pertinence) ainsi que le Good Evening Tour de Paul McCartney qu’il est, je pense, inutile et insultant de présenter. Le 10 décembre dernier, la tournée passait à Paris, au Palais Omnisports de Bercy. J’y allai.

A peine le temps de prendre ses marques dans la salle et de commander une pinte à 7 euros, d’admirer le diaporama en fond de scène (Paulo et Linda, Paulo et les Beatles, Paulo tout seul, Paulo et Linda, etc.) et de se lasser des dispensables reprises des Beatles sensées nous faire patienter (encore une fois et jusqu’à preuve du contraire, il y a 2 bonnes reprises des Beatles : Joe Cocker, Stevie Wonder et point barre), que Paulo rentre sur scène avec ses musiciens, les guitaristes Brian Ray (dit le blond) et Rusty Anderson (dit le brun), le clavier Paul Wickens (dit l’aut’) et le batteur Abe Laboriel, Jr. (dit le vieux bon gros Abe).

Macca a fière allure : cheveux teints impeccables, veste bleu foncé qu’a la classe, bretelles qu’ont encore plus la classe sur une chemise blanche immaculée et silhouette svelte qui ne trahit pas ses 67 ans et qui doit même rendre jaloux plusieurs trentenaires de la salle. Pas le temps de se calmer un peu (c’est quand même pas rien de voir son premier Beatle en chair et en os, même en 2009), le set va directement à l’essentiel avec un Magical Mystery Tour qui fait danser en un quart de tour mon petit chou, le petit sobriquet que Paulo donne au public du soir. Vite expédié, on enchaîne avec un Drive My Car et on se dit qu’on va avoir du mal à reprendre sa respiration pendant les 2 heures qui viennent.

Erreur. Dès le 3ème titre, le set ralentit nettement la cadence et enchaîne titres solos ou wingsiens anecdotiques et morceaux des Beatles trop calmes (The Long And Winding Road) et/ou assez bâclés (le picking sur Blackbird est un peu honteux Paulo). On se rabat alors sur une nouvelle tournée de pintes à 7 euros et à regarder un peu ce qui se passe sur la toile de fond de scène qui diffuse sur chaque titre une nouvelle séquence. Si la plupart du temps, vidéos/photos se succèdent, quelques passages remarquables sont à noter.

Tout d’abord la vidéo extraite de Guitar Hero a l’air de choquer autour de moi et sur le web... Pas moi. D’un point de vue esthétique, la vidéo est très réussie et reste fidèle à l’atmosphère visuelle des Beatles (voir le temps passer sur les représentations 3D des quatre de Liverpool, faisant évoluer coiffures et vêtements de 1960 à 1969 donne toujours envie d’être né 30 ans plus tôt). D’un point de vue éthique, je suis peut-être naïf, passif ou un peu con, mais je n’ai pas trouvé de message commercial agressif.

Autre extrait vidéo qui m’a laissé beaucoup plus circonspect : la diffusion du trailer de Everybody’s fine, film pour lequel Macca a écrit un titre. La vidéo est moche, larmoyante et n’a rien à faire là. Par contre, la diffusion des rushes de la séance photo de la légendaire pochette des Wings pour Band On The Run est une réussite. On y voit Paulo, Linda et les autres poser, tomber, rire, on devine les crampes un peu partout et c’est toujours touchant et intéressant de voir les coulisses d’une oeuvre marquante, surtout quand elles savent ne pas trop en dire (ici, par exemple, on profite juste des images, sans le son, et c’est parfait ainsi).

On parle, on parle, mais on en est déjà à une quinzaine de titres de joués et il serait temps de commencer à envoyer du bois là. Pas de panique, c’est prévu. A partir de Michelle, Paulo et sa bande vont enchaîner une trackliste de rêve composée de certains des meilleurs titres des Beatles chantés par Macca en version originale (sauf Something et A Day In The Life, enchaîné avec Give Peace A Chance, de Lennon) et ceux de son après-Beatles (les excellents Band On The Run et Live And Let Die).

Tout est presque parfait : à part quelques fautes de goût du blond et du brun, qui jouent leurs solos comme dans un jeu vidéo de bagnoles, même sur Let It Be, les musiciens sont à la hauteur des morceaux. Le vieux bon gros Abe, lui, joue comme Ringo (merci à lui) et la voix de Paul est encore parfaite, précise et puissante comme lorsque l’heure d’un titre aussi exigeant vocalement qu’Helter Skelter sonne, au bout d’un set très long sur lequel se seront greffés deux rappels, conclus par la version "reprise" de Sgt. Pepper’s Loneley Hearts Club Band.

Même si le show est apparemment très similaire d’une tournée à l’autre (mon frère soufflait mot à mot l’hommage à George Harrison en intro de Something) et même si la soi-disante customisation du spectacle pour la France est maladroite (on joue Michelle mais pas All You Need Is Love, et on se prive d’inviter Gérard Klein pour Magical Mystery Tour, Johnny Hallyday pour Got To Get You Into My Life ou Tino Rossi pour Yesterday), mon petit chou sort de la salle en criant :

We definitely enjoyed the show
We’re sorry that it’s time to go
We’d like to thank you once again...
Good Evening Sir Paul McCartney

Photos : (c) Arnaud Compagne