Quand les Dum Dum Girls sont apparues sur les radars de Dead Rooster, c’était avec Jail La La, très bon morceau et parfait symbole du premier album du groupe, I Will Be, courte mais énergique collection de 11 titres qui faisaient tous environ 2:30 et qui a dû rendre fou Phil Spector, dans sa cellule californienne. Du ta-pa-poum, de la guitare basique, une voix féminine avec des effets partout, les influences sont claires : du côté des Dum Dum Girls, on a dû écouter les Ronettes, mais sans doute aussi The Jesus & Mary Chain. L’album n’avait donc pas déçu.

La tournée française, elle, avait déçu. Conforme à ce qu’en disait la presse, la prestation à la Route du Rock 2010 fut loin des sommets historiques du festival : la pose bas-résille-et-Ray-Ban des quatre filles du groupe n’est certes pas désagréable, mais derrière, pas grand chose. Les Inrocks avaient écrit ici la déception (« les petits rollercoasters malins de l’album sont ici enchaînés sans grande vie, semblent presque interchangeables, les morceaux semblent cloués au sol ») et se moquaient même d’un camel toe, les fripons. On n’était pas loin de tirer un trait sur les Dum Dum Girls : sans doute un groupe opportuniste se lançant dans la brèche créée par Best Coast, et qu’on aurait vite oublié.

Sauf qu’il y a quelques semaines, le groupe a sorti son second album, Only In Dreams. Si les morceaux d’ouverture sont aussi immédiatement séduisants et laissent penser qu’on va avoir un dispensable copier-coller du premier opus (Always Looking, Bedroom Eyes), les titres suivants rendent l’ensemble plus subtil, donnent de l’épaisseur aux Dum Dum Girls qui se montrent bien plus ambitieuses et appliquées qu’on n’auraient pu le croire. Le morceau le plus bluffant est bien sûr Coming Down, chef d’oeuvre mélancolique au tempo d’une lenteur inédite pour le groupe (et que vous pouvez écouter sur le premier épisode du podcast Dead Rooster). Le titre équilibre l’album, sans trahir ses voisins et donne envie de réécouter l’ensemble, encore et encore. On se rend alors compte d’une variété de tons dont on n’aurait jamais soupçonner le groupe capable (In My Head ou Hold Your Hand).

Derrière les Dum Dum Girls, il serait difficile de parler de groupe. Il s’agit plutôt de Dee Dee (ex-Grand Ole Party) et des Ringo-ettes. Il a donc bien fallu que Dee Dee s’entoure d’un bon producteur aux manettes de l’album. Elle en a même pris deux. Le premier s’appelle Richard Gottehrer, qui n’a jamais écrit Le Youki ou Poil Au Tableau, mais qui reste un vieux de la vieille puisqu’il a produit Blondie entre autres. Le second s’appelle Sune Rose Wagner, la tête à chromosome Y des Raveonettes et on se dit en écoutant l’intro de Heartbeat (Take It Away) que le monsieur a dû peser de tout son poids (qui n’est plus négligeable si l’on se fie à cette photo) dans la production des Dum Dum.

Pour conclure, pourquoi "Dum Dum Girls" ? À cause de ça et de ça.

PS : en écrivant ce post, je suis donc tombé sur ce passage dans la critique des Inrocks susmentionnée : « contre toute logique physique, le groupe prend un peu de hauteur quand il baisse le rythme ». C’était finement observé.