Il s’appelle André Herman Düne, ou alors Ben Haschish, Ben Dope, ou Stanley Brinks... Finalement, peu importe l’étiquette. Le gars est tout de suite identifiable à sa voix : hésitante mais en place, aiguë mais pénétrante.

Cet homme est plein de paradoxes : il a lâché le groupe familial à l’automne 2006, juste avant la tournée, alors qu’ils achevaient leur album le mieux réalisé à ce jour (Giant). Sans doute la peur du (relatif) succès, la peur d’être reconnu dans la rue... Bref, André s’expatrie à Berlin, publie dans la foulée un album solo (Täglich Brot) et change ensuite de patronyme. Cela dit, il est peut-être un peu rapide de couvrir 6 mois de son existence en 3 lignes.

En effet, le plus vieux de la fratrie est aussi le plus prolifique, même si cela ne se voit pas dans les gondoles de nos disquaires favoris. André-Ben-Stan préfère ainsi graver ses rondelles lui-même et les revendre de la main à la main au sortir des concerts plutôt que de s’afficher à la Fédération Nationale d’Achat des Cadres. Ce qui fait qu’en plus d’être difficile à suivre patronymiquement, il est aussi très délicat de le suivre discographiquement.

A titre d’exemple, il semble qu’après Täglich Brot d’André Herman Düne, 3 galettes de Stanley Brinks ont vu le jour en 2007 : Dank U, Loiters et Cooks. Mais ceci serait encore trop simple ! Ayant trouvé en Clémence Freschard non seulement une compagne à la ville mais aussi vocale (avec laquelle il était d’ailleurs en tournée en mars 2008), il se plaît à reprendre avec elle des classiques, assemblés dans la "collection" Kreuzberg. Ce qui nous donne : en 2006, Kreuzberg Cafe, excellent album à base de reprises de Leonard Cohen, Nick Cave et Will Oldham, et Kreuzberg Merzeki, composé de classiques américains et plus récemment (2007 ? 2008 ?) Kreuzberg Museum, avec des airs plus exotiques. Pour simplifier, on passera ici sous silence le fait que le bonhomme a aussi une casquette de producteur (pour sa belle, mais aussi pour The wave pictures).

Il est alors pertinent de douter de la qualité de ses livraisons successives. Mais rapidement on s’aperçoit, assez surpris, que la quantité ne fait pas chuter la qualité. Certes, tous les derniers albums sont ultra-minimalistes dans la production : une guitare, un peu de percussions, une voix, voire deux les jours de fête (ou trois mais très rarement, pour pas exploser les budgets !). Mais le talent est là et les styles sont relativement variés pour que l’on puisse écouter 3 disques d’affilée sans s’endormir ou tomber d’ennui. Ce constat fait, la question intéressante qui reste en suspens est de savoir si Herman Düne, le groupe, n’a pas perdu son membre le plus intéressant. Les derniers concerts auxquels j’ai pu assister tendent malheureusement à me faire répondre par l’affirmative. Car même si David, Neman et leur acolyte de tournée Turner Cody (l’homme à la boucle de ceinturon frappée de ses initiales qu’a vraiment trop la classe !) tiennent franchement bien la route, leurs spectacles manquaient de diversité (la défunte alternance entre les chansons enjouées de David et les chansons verbeuses d’André donnait une pulsation naturelle aux concerts nettement plus appréciable que la désormais constante guillerette).

Bref, si l’on devait (et pouvait) résumer, pour apprécier pleinement le travail créatif d’André Herman Düne, il ne faut surtout pas se contenter des disques du commerce. Au contraire, il faut explorer la toile en quête d’albums faits maison, aller le voir en live, acheter (un peu à l’aveuglette certes) quelques uns de ses cd gravés et propager la bonne parole pour qu’il continue encore et toujours à nous proposer ses œuvres.

Pour conclure, une liste non-exhaustive (le terme n’a jamais été autant à propos) et forcément subjective du meilleur d’André (sans classement...) :

  1. Kreuzberg Cafe
  2. Brother morphine
  3. Sings Dido
  4. Dies of old age in San Francisco
  5. Cooks
  6. et puis, quand même, avec Herman Düne, Mas Cambios et Not on top